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échange de quelques trahisons, les fonds
nécessaires à la construction de son théâtre,
d'avoir reçu des sommes considérables de la reine
et même de vouloir mettre le feu à la Bibliothèque
Nationale !
Le théâtre du Palais-Royal n'avait pas suspendu ses
représentations. Il portait alors le nom de "Théâtre
de la Montagne". Le Théâtre National n'avait
été fermé que quelques jours et après
de multiples intrigues et aventures, était devenu Opéra
National en 1794. On devait y chanter et y danser jusqu'en 1820,
date de sa démolition, à la suite de l'assassinat
du duc de Berry.
Si la Montansier jugée coupable, avait été
guillotinée, la confiscation de son théâtre
eut été légale, mais déclarée
innocente, elle protesta avec la plus extrême vigueur contre
l'arrêté de la Convention et ne cessa de protester
pendant les vingt-six ans qui lui restaient à vivre. Elle
réclama sept millions d'indemnité. "Pour ce
prix-là, on aurait une escadre !" s'écrit Bourbon
de l'Oise. Mais la Montansier tient bon, elle veut ses sept millions
ou la restitution de son théâtre. Après des
polémiques sans fin, ce diable de femme obtint, en plusieurs
fois, de très larges compensations et malgré ses
réclamations continuelles, elle s'estima vengée.Elle
fut interrogée le 11 frimaire et le 14 nivôse. On
ne trouva rien à son domicile qui puisse la compromettre
et finalement, après dix mois de détention arbitraire,
elle fut libérée le 30 fructidor. Elle avait gagné,
une fois de plus, une difficile partie. Sans doute son âge
avait joué en sa faveur - elle avait alors soixante-quatre
ans - mais surtout ses relations et ses amis. Elle gardait l'énergie
de ses trente ans et une santé à toute épreuve.
Revenue dans ses foyers, elle reprit sa lutte et ses projets.
Successivement, elle avait loué le Théâtre
Olympique et la Salle Favart, mais sans succès. Son étoile
semblait pâlir et en 1803 elle fut même mise en prison
pour dettes. Le nouveau gouvernement ne lui était guère
favorable et un décret de juin 1806 ordonne l'évacuation
du Théâtre du Palais-Royal qui portait alors le nom
de "Variétés". Le but de ce décret
visait à éloigner la troupe de la Montansier qui
portait ombrage à celle, voisine, du Théâtre
Français, dont la salle restait déserte tandis que
les Variétés-Montansier jouissaient toujours d'une
immense faveur.
Furieuse d'avoir à évacuer sa salle pour le 1er
janvier 1807, la Montansier rassemble ses troupes et son énergie,
part en campagne, finit par être reçue par l'Empereur
lui-même et obtient de lui aide et protection : elle avait
alors soixante-dix-sept ans, mais son charme opérait toujours.
Forte de cet impérial appui, elle réunit la "Société
des Cinq" qui dirige sa nombreuse troupe et propose la construction
d'une nouvelle salle. En attendant l'achèvement des travaux
les comédiens iront s'installer dans la Cité, au
Théâtre du Prado.
Cinq mois plus tard, seulement, le 24 juin 1807, la troupe de
la Montansier inaugurait le nouveau "Théâtre
des Variétés", celui-là même qui
se dresse à côté du passage des Panoramas,
boulevard Montmartre. |