Le mot du directeur

C'est un grand plaisir de saluer la venue d'un nouveau fabricant de rires qui ne consacre pas uniquement son talent à se produire tout seul au cabaret et au music-hall, mais qui, se pliant aux contraintes de la comédie, décide de faire l'acteur. Car, c'est une chose, de dire ses propres textes en monologuant des histoires, et c'en est une autre que de s'intégrer à une troupe de comédiens pour interpréter un personnage qui n'est pas le sien, en respectant tout à la fois l'auteur, les partenaires et, bien sûr, les spectateurs. Même si la pièce est choisie en fonction du tempérament du comique, qu'il puisse y montrer les multiples facettes de son talent, ce n'est pas du tout la même chose. Michel Leeb possède ce don merveilleux de n'avoir qu'à paraître pour mettre en joie, de cligner de l'oeil pour faire rire, d'ouvrir la bouche pour faire crouler une salle. Ils sont peu nombreux, ceux-là. Je ne dis pas que les acteurs comiques sont rares, mais ceux qui déclenchent spontanément le rire, sans le secours ni d'un texte, ni d'une situation, par leur seule présence, sont exceptionnels. En revanche, nombreux sont les excellents comédiens qui, en situation, deviennent irrésistibles de drôlerie, justement parce qu'ils ne sont pas immédiatement, dès l'abord, comiques.

Or, il est des comédies des deux genres, celles qui ne sont vraiment drôles que si l'interprète principal est un pitre et d'autres qui le sont en elles-mêmes, grâce à la succession des situations et à l'esprit de l'auteur. L'un n'empêche pas l'autre, bien sûr, mais parfois l'un nuit à l'autre. Il est bien certain que Le Bourgeois Gentilhomme, par exemple, ne réclame pas d'être joué par un auguste et que chaque fois qu'il le fut, les effets furent manqués, alors que, justement, un comédien nullement clownesque obtient toujours dans ce rôle la plus grande efficacité.

Ce qui est merveilleux, c'est que le répertoire est si vaste que l'on peut y trouver l'un et l'autre, en abondance. Dans le cas présent, nul doute n'est permis. Écrite par Robert Lamoureux pour Robert Lamoureux, Le Tombeur ex-Brune que voilà, permettait à l'auteur-acteur de briller dans un spectacle complet, sans oublier qu'il était avant tout un soliste de cabaret, un roi du monologue, un baratineur-né, mais aussi un séducteur élégant.

Avec Michel Leeb, vingt-huit ans plus tard, toutes les conditions se trouvant à nouveau réussies - je veux dire réunies- il était en quelque sorte fatal qu'il interprétât la pièce, que ce soit un succès et que ce succès revint au Variétés Car il y a là un petit tour du destin fort amusant. Avec Gérard Louvin, Michel Leeb et Jean-Luc Moreau, nous avions envisagé que Le Tombeur succéderait au Dindon, au Palais-Royal, en janvier 1986. Malheureusement, la carrière du Dindon ne fut pas aussi longue que je l'espérais et il me fallut monter un nouveau spectacle dès novembre 1985. Michel Leeb n'était pas, alors, disponible et je dus abandonner ce projet, bien qu'il me tînt à coeur, et qui, au jour prévu, fut réalisé par mes aimables confrères Hélène et Bernard Régnier directeurs avisés du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Le succès fut immédiat, heureux et savoureux. Même nos amis critiques les plus coincés avouèrent avoir ri à l'unisson d'une salle chaque soir plus enthousiaste. Mais de son côté, le Théâtre de la Porte Saint-Martin ayant pris des engagements pour septembre 1986, Le Tombeur, en plein succès, devait y cesser ses représentations. Le Théâtre des Variétés se trouvait être libre jusqu'en janvier 1987... Et voilà comment remontant les boulevards, la pièce de Robert Lamoureux est revenue à son point de départ. Je suis ravi, bien sûr, de cette aubaine. Ravi que les Variétés profitent de ce succès et surtout que Michel Leeb apprenne le chemin de ce théâtre dont il deviendra, je le souhaite, un pensionnaire régulier. Tous les grands comiques sont passés par les Variétés, tous y sont revenus.

C'est avec beaucoup d'inventions et d'astuces que Jean-Luc Moreau a, lui aussi, joué le jeu de la comédie de situation interprétée par un grand comique, en truffant sa mise en scène de gags, de ruses inattendues, d'effets que se partagent tous les comédiens. Entouré de solides partenaires et de ravissantes jeunes femmes, ce Tombeur, vent en poupe, file droit dans la tempête des rires.

Le Tombeur quittera les Variétés au début de l'année prochaine - pour devenir un film - et Michel Leeb repartira sur les routes, les petits et les grands écrans.

Mais il sait qu'il aura toujours sa loge au Boulevard Montmartre, car je vois dans le répertoire, au moins dix rôles qui lui iraient comme un sourire…

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