LA VIE de MARCEL PAGNOL

 


Fanny - 1932
au Théâtre de Paris

avec Harry Baur et Orane Demazis

 

 


Scène de Marius -
au Théâtre de Paris

avec Raimu et Pierre Fresnay

 

 


Scène du film Regain - 1937
avec Fernandel et Orane Demazis

 

 


La Fille du Puisatier - 1940
au Théâtre de Paris

avec Fernandel, Raimu et Josette Day


Marcel Pagnol est né à Aubagne (Bouchesdu-Rhône) le 28 février 1895 d'un père instituteur. De 1915 à 1926, il mène une carrière dans l'enseignement.

Carlo Rim, cherchant un répétiteur à Marseille après avoir échoué au baccalauréat, raconte :
"... Il apparut au fond du couloir, un adolescent plus mince et plus jaune qu'un cierge et dont le regard singulièrement noir et brillant empruntait son éclat à l'anthracite. - Pagnol, c'est moi, m'informa-t-il d'un ton résolu. Puis il m'introduisit dans une pièce ensoleillée qui contenait, pour tout mobilier, une table bancale chargée de livres, une bibliothèque disloquée, deux chaises dépaillées et un gigantesque objet que je pris tout d'abord pour une mappemonde, et qui n'était qu'un bilboquet. Je remarquai que les vitres de la fenêtre et celles de la bibliothèque n'existaient plus qu'à l'état de vestiges. Bref, on eût dit que ce lieu étrange avait été secoué par un tremblement de terre.
Pagnol s'amusa de ma surprise et m'expliqua :
- Nous sous-louons cette pièce qui constitue le siège de notre revue Fortunio.

Je dis à Pagnol ce que j'attendais de lui, mais il ne prêta à mes propos qu'une oreille très distraite. Au bout de dix minutes, le maître et l'élève se tutoyaient et nous décidâmes de laisser en paix Tacite et Walter Scott, après une année scolaire qui avait été assez pénible pour eux.

C'est ainsi que je pris ma première leçon de bilboquet. Pagnol s'empara du bilboquet et le lança dans l'espace avec une telle vigueur que la boule alla s'abîmer sur la bibliothèque où elle pulvérisa une statuette de terre cuite qui représentait Verlaine.

C'est alors seulement que me fut dévoilé le mystère des vitres cassées et des profondes ecchymoses qui meurtrissaient çà et là le papier à fleurs...

A dater de ce jour, je fis partie de la brillante phalange de Fortunio en découvrant une espèce d'hommes dont je ne soupçonnais pas l'existence dans cette ville toute entière vouée au négoce, je veux parler des poètes. Fortunio, mensuel et littéraire, était assurément plus littéraire que mensuel. Le numéro ne sortait des presses que lorsque nous avions pu, au cours de collectes parfois dramatiques, amasser de quoi satisfaire la voracité insensée d'un imprimeur méfiant de nature. Mais Fortunio comptant infiniment plus de rédacteurs que de lecteurs, il valait mieux, à tout prendre, en appeler à la générosité de ceux-là plutôt que de ceux-ci. Nous ne connaissions à Pagnol qu'une passion : le théâtre.

En 1922, Pagnol "monte" à Paris, après avoir été nommé professeur-adjoint d'anglais au lycée Condorcet et se souvient de sa vie à Marseille :
"J'y menais une vie agréable sous le soleil virgilien... et je dirigeais glorieusement une revue littéraire qui est devenue, grâce à Jean Ballard, Les Cahiers du sud. Je composais des poèmes et je travaillais à des tragédies (en vers, bien entendu) qui mettaient en scène les amours de Catulle ou le séjour d'Ulysse avec le père de Nausicaa."

A propos de l'Université, Pagnol dira plus tard à Paul Guth : " Ne quittez jamais l'Université. Faites-vous mettre, comme moi, en congé illimité. Je suis universitaire. Vous en êtes un autre. Je vais vous dire une bonne chose : je suis heureux et fier d'appartenir à l'enseignement. Quand j'étais professeur à Condorcet, je profitais de la récréation pour prêter une oreille déférente aux propos qu'échangeaient mes collègues. Et bien! J'avais, en les écoutant deviser, l'impression, tant la noblesse de leurs pensées et les subtilités de leurs raisonnements m'émerveillaient, d'appartenir au Sénat Romain."

Dès 1928 avec Topaze, puis Marius, le succès vient rapidement. Son père, assistant à la centième de Topaze, lui dira : "Gentil, ta petite machine , mais c'est pas tout ça: de quoi vis-tu?
- Mais, de mes droits d'auteur, papa. Deux mille à deux mille cinq cents francs par jour.
- Toujours de Marseille, toi !".
Pagnol se rappelle ses débuts d'écrivain en se demandant "s'il n'y a pas des lieux de chance et de bonheur" (il habitait alors au 122, boulevard Murat)

"Parce que ma table de travail était devant la fenêtre, au rez-de-chaussée, je participais distraitement à la vie de l'immeuble. Je voyais, sans les regarder, passer tous les jours les mêmes personnes.

Un homme brun m'intriguait. Il n'avait pas d'heure, mais je le voyais souvent entrer ou sortir et je le reconnaissais aussi bien de dos que de face. Il marchait d'un pas rapide, toujours pressé et pourtant pensif, et ne voyait personne. Je demandai, un jour, au concierge, qui était ce garçon.
- Il habite au premier étage, juste au-dessus de votre tête. Je ne sais pas ce qu'il fait dans la vie. Après un petit temps de réflexion, il ajouta sans admiration, ni mépris:
- Je crois que c'est un philosophe. D'ailleurs, on m'a dit qu'il écrit dans les journaux.
Je l'ai vu passer derrière mes vitres pendant deux années. Je ne savais pas ce qu'il écrivait - c'était Les Conquérants, un roman qui allait rendre son nom célèbre - qu'il obtiendrait un jour le Prix Goncourt avec La Condition Humaine, et que ce jeune homme brun, qui s'appelait André Malraux, nous rendrait le Louvre et réssusciterait les plus belles pierres de Paris. Aujourd'hui, quarante-trois ans plus tard, je me demande s'il n'y a pas des lieux de chance et de bonheur : en 1927, sur une surface de vingt mètres carrés, il y avait deux jeunes hommes qui écrivaient en même temps (à quatre mètres l'un de l'autre dans le sens vertical et sans se connaître) deux ouvrages littéraires qui ont assuré leur fortune. Je ne sais pas si l'un ou l'autre eût écrit le même ouvrage ailleurs. Voilà pour moi du mystère. Il en faut dans une vie : les vies sans mystère n'ont point d'intérêt.
A partir de 1930, Pagnol se consacre au cinéma et à son oeuvre littéraire.
En 1932, il fonde Les Cahiers du film.
En 1946, Marcel Pagnol est reçu à l'Académie Française.

Marcel Pagnol s'est éteint en 1974.

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