| CLAUDE
BRASSEUR
joue Pierre Brochant
Cher Claude,
Bien que ni toi ni moi ne soyons amateurs de formalités empesées,
je prends aujourd'hui ma plus belle plume (une sergent-major rescapée
de notre enfance de potaches) pour t'inviter à dîner.
J'irais même plus loin, je t'invite à dîner tous
les soirs en mon théâtre. Connaissant ton peu de goût
pour les mondanités, je te rassure tout de suite et te précise
que tu auras tout à fait le droit d'y faire le con (remarque,
en général, tu n'attends pas l'autorisation officielle).
Ce dîner pas tout à fait comme les autres que je te
prie d'honorer de ta présence quotidienne se fera non seulement
sous le regard du public mais aussi sous celui de nos généreux
géniteurs. Car je suis certain que, là-haut, dans
l'atelier d'artistes qui leur sert de paradis, nos deux saints-pères,
Paul et Pierre, doivent énormément s'amuser à
nous regarder nous inquiéter à l'idée de créer
une nouvelle pièce, toi en tant qu'acteur et moi en tant
que directeur. Eux aussi ont connu les affres de la création.
Nos souvenirs aussi doivent bien rire, ces souvenirs que nous avons
forgés dans les couloirs du Conservatoire où nous
regardions, à la fois fascinés et intrigués,
ces grands du théâtre qui affichaient quarante années
de métier. Et pourtant, aujourd'hui nous avons, à
notre tour, franchi ce cap. Qui l'eut cru? Viens donc faire le con
chez moi, Claude, c'est le plus beau cadeau que tu puisses me faire.
Avec toute mon amitié auréolée de nos mille
souvenirs, ceux que l'on raconte le soir à la veillée
et ceux que, pudiquement, nous faisons mine d'oublier.
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