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Lorsqu'il fait représenter
sa nouvelle pièce, "La Puce à l'Oreille",
au Théâtre
des Nouveautés le 2 mars 1907, Georges Feydeau a quarante-cinq
ans. Il est alors l'un des vaudevillistes les plus applaudis par
le public et les plus courtisés par les directeurs de théâtre.
Ses précédentes pièces, "Un Fil à
la patte" (1894) "L' Hôtel du Libre-échange" (1894), "Le
Dindon" (1896), "La Dame de
chez Maxim" (1899) ou "La Main passe" (1904),
longue série de succès, ont fait triompher son
génie
du quiproquo et de la rencontre intempestive. Pourtant, si sa vocation
pour l'écriture théâtrale a été
précoce, il a dû patienter de longues années
avant d'accéder à la réussite.
Fils d'Ernest-Aimé Feydeau,
dont la postérité
n'a pas retenu le nom, coulissier en bourse, essayiste, directeur
de journal et surtout romancier (il est l'auteur d'une "Fanny" (1858)
qui fit scandale à l'époque), Georges
Feydeau a grandi dans un milieu littéraire et artistique.
Les amis de ses parents se nomment Gustave Flaubert et Théophile
Gautier. Dès le lycée, il écrit pour le
théâtre
des drames et des vaudevilles. Auteur très jeune de bon
nombre de monologues et de saynètes, il livre en 1882, à
l' âge de dix-neuf ans, sa première grande oeuvre,
"Par la fenêtre" , qui est jouée dans
un casino près de Malo-les-Bains et qui reçoit un
succès
sans lendemain. La première réplique de cette pièce
("Pour un début, ce n'est pas mal !") est d'ailleurs
largement prophétique. S'ensuivent une bonne dizaine de
vaudevilles qui ne feront pas recette, à l'exception
de "Tailleur
pour Dames" (1886) qu'il a commencée à écrire
pendant son service militaire. En fait, pour Feydeau, tout démarre
véritablement en 1892 avec "Monsieur chasse"
qui remporte un triomphe, confirmé la même année
par "Champignol malgré lui" et "Le Système
Ribadier".
En 1889, ce grand séducteur épouse
Marianne, la fille du peintre Carolus-Duran, qui lui donne quatre
enfants. Mais ce mariage d'amour se termine mal et en 1909 Feydeau
quitte le domicile conjugal pour s'installer à l'Hôtel
Terminus, près de la gare Saint-Lazare, où il reste
pensionnaire pendant dix ans. C'est à cette même époque
qu'il abandonne le vaudeville et se consacre exclusivement à
des pièces en un acte dans lesquelles il brosse à
sa manière des scènes de la vie conjugale. "Feu
la mère de Madame" (1908), "On purge Bébé" (1910), "Mais
n' te promène donc pas toute
nue!" (1911), "Léonie est en avance" (1911)
ou "Hortense a dit je m' en fous!" (1916), toutes
dénoncent
ces unions irréfléchies, si communes à l'époque,
où le manque d'amour est flagrant.
Homme d'une extrême politesse,
plutôt
distant, Feydeau se livre peu mais préfère de beaucoup
écouter les autres. Ce prince du rire est aussi un pince-sans-rire.
Ses mots d'esprit, restés célèbres, ont la
cruauté de la pertinence. Volontiers sceptique et nonchalant
à la ville, il n'est que rigueur, habileté et perfection
lorsqu'il écrit ou met en scène ses propres pièces,
ne laissant aucune place au hasard. Il aime les jolies femmes,
les cafés à la mode, Maxim's où sa table
est réservée
en permanence, les bons cigares, la vie nocturne, la peinture qui
est aussi son violon d'Ingres et le jeu où il perd des
sommes considérables.
Mais en 1919, atteint de troubles
psychiques, il est finalement accueilli dans une maison de
repos à Rueil-Malmaison.
Il y meurt le 5 juin 1921 à l'âge de cinquante-neuf
ans. Il est inhumé au cimetière Montmartre. Lui
qui disait "Le comique, c'est la réfraction d'un
drame", laisse une quarantaine de pièces exclusivement vouées
au rire, dont les deux tiers sont célèbres et jouées
sur les scènes du monde entier.
Philippe Jousserand
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