| LE
MOT DU DIRECTEUR
Pour un directeur de théâtre,
accueillir une pièce de Sacha Guitry constitue un plaisir
et un honneur comparables à ceux ressentis par un directeur
de galerie accueillant une exposition de Renoir, Manet ou Matisse.
Guitry est indubitablement l'un des plus grands auteurs de
théâtre
de ce siècle, un artiste dans le sens le plus pur du terme.Il
contemplait l'étrange microcosme des humains avec un oeil
jamais dupe et le repeignait avec l'insolente
efficacité de ses mots. Ses répliques
foudroyantes et ses trouvailles éblouissantes recréent à
merveille la magie de la vie. Car, derrière sa réputation
de cynique, il aimait profondément la vie ; son humour
en est la preuve la plus éclatante. Tout son théâtre
s'affirme ode à la vie, à l'amour... à la
femme. "Le Mari, la Femme et l'Amant" ne déroge
pas à cette règle. Brillante déclaration
d'humour, Guitry s'y joue de la légèreté des
femmes autant que de l'obsession des hommes. Et, après
cent éclats
de rire, son troisième acte offre une étourdissante
démonstration de logique d'autant plus imparable que faussée
par une merveilleuse mauvaise foi. Comment ne pas aimer Guitry
qui partait à la conquête des spectateurs avec la
même
habileté qu'il partait à la conquête des femmes?
Accueillir Guitry au Théâtre des Variétés
c'est un peu comme un retour aux sources. N' a-t-il pas, durant
25 ans, réservé toutes ses créations à
cet écrin qui lui a renvoyé les rires du public?
Finalement, j'en viens à me demander si c'est nous qui
accueillons l'
éternellement brillant Guitry ou si c'est lui qui, souriant,
nous invite dans l'immense coeur de son talent...
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