Pierre Arditi
joue le rôle de Stéphane

Ceux qui vont d’un pas alerte dans l’existence savent déguiser leurs faiblesses et se couler avec habileté entre leurs propres abîmes. Lui n’est pas doué pour cet équilibre; c’est un écorché de nature, il n’a que faire du lent paraître, du matage des sentiments, de la confection monotone de soi. Il dort à peine, il est pressé, vulnérable, agité, hanté par la non-vie.

Un jour, il m’a dit: "Je hais la campagne. Rien ne bouge..." Comment échapper à cette immobilité des jours ? A travers les mots. Les mots de ceux qui ne connaissent ni le sommeil ni nos heures molles.

Ces mots le sauvent de la lenteur, de la patience, le sauvent de cet état qu’on appelle l’âge d’homme. Il s’y livre sans retenue. Il leur prête tout ce qu’il possède. Rarement acteur n’aura donné autant de sa fragilité, de son inaptitude à être.

Et s’il nous touche à ce point c’est qu’il s’expose sans réserve et sans garde-fou, comme s’il aspirait à l’épuisement.

Yasmina Reza