Jean Poiret est l'auteur

Le comique est un homme triste. C'est un lieu commun, mais, comme beaucoup de lieux communs, il est vrai.

Jean Poiret n'était pas gai, il se fuyait dans la bouffonnerie, cherchant dans les rires une assurance et, peut-être une sécurité, d'où je ne sais quoi de fiévreux dans ses folies, comme une intime précipitation. Ainsi va t-il droit vers l'absurde qui est une terre brûlée. Il y est a l'aise, au meilleur de lui-même et inventif comme nul autre. A chaque instant, son esprit, qui n'a point de repos, lui propose d'autres fantaisies plus extravagantes, plus bizarres. Il déforme la réalité, la détourne, la brise jusqu'à la rendre invraisemblable. Il n'est naturel, et jusque dans l'effervescence, que lorsque la déraison commande, que la logique est en déroute. Jamais comique eut moins de chair, d'où nulle vulgarité, nulle bassesse, pas le moindre soupçon de grossièreté, mais une grâce fascinante, une aérienne liberté, une cocasserie de lutin. Aucune pesanteur terrestre...
...Reste ce grand souffle paroxystique, convulsif, inextinguible qui nous dilate et nous délie. C'est oublier le monde et nous abandonner enfin, sans remords, au bonheur absolu de ne penser à rien. Pendant trente ans, Jean Poiret a dispensé ces délices. Qu'il en soit remercié. Peu d'acteurs ont eu la témérité de rompre radicalement avec la vie vécue et les durs pépins de la réalité.

Pierre Marcabru